Destins

Le 8 octobre 1997 par Olivier

Louisa, encore une fois excuses-moi.
Tu m’as demandé pour aujourd’hui,
D’apporter un peu plus de joie,
De cacher ma trop grande jalousie.
Rassures-toi, je garde mon sang froid,
Mais je ne peux jouer cette hypocrisie.
Vous tous réunis autour de Louisa,
Pardonnez ma folie, mon hérésie.

Tu me demandais souvent à quoi je pense,
Je me taisais redoutant ta sentence.
Si je dois nous briser le cœur,
Alors je le fais maintenant et sans peur.

Louisa, tel est ton prénom,
Tu viens à peine de changer de nom.
J’ai du mal à accepter ce nouveau son,
Comment suis-je devenu aussi con ?

Mon imagination a bercé toute ma vie,
Mon cœur ne donnant jamais son avis.
Celui-ci désormais à terre
Ne veut plus jamais se taire.

Je rêvais tout éveillé sous ces pommiers.
C’était une trêve ensoleillée sur ce damier,
Où une reine mettait en échec de sa patte
Un roi qui ne veut toujours pas être mat.

Laissez-moi vous narrer cette fable,
Mes aveux de tant de péchés commis.
Parmi nous ce soir se cache le diable,
Rassurez-vous, il est venu en ami.
Ne le cherchez pas sous la table,
Ni dans ce pain plein de mie,
Car il est en moi, indiscernable,
Il veille à moitié endormi.
Il vous semblera peu formidable,
Pourtant à Louisa il s’est soumis.

Découvrez pour la première fois son amour,
Profitez pour la dernière fois de sa présence,
Car il part dans quelques jours
Sur les routes sinueuses de France.
Puisque son voyage est sans retour,
Sachez savourer cette unique chance.

Mickael, prête attention à mes conseils.
Louisa t’a choisi en confiance,
Protège-la vaillamment sous tes ailes,
Berce-la toujours dans la romance.
Ne t’avise jamais de porter la main sur elle,
Ne lui fais aucune offense.
Aime-la, chéris-la, réchauffe-la tel le soleil,
Que ta semence lui offre descendance.
Je l’aime mais te laisse la vie belle.
Sachez profiter de votre chance.

Ces conseils sont mes commandements,
Applique-les toujours sereinement.
Si ta conduite devait changer brusquement,
La mort punira ton brutal revirement.
J’en fais ici le serment,
Car j’ai parlé avec Satan.
Il attend que je signe par l’un de nos sangs,
Son pacte de mort terrifiant.

Je vous le décris brièvement.
Satan m’a dit :
« Un jour tu te perdras
Dans le grand canyon aux deux falaises.
Quand la solitude t’aura conduit
Sur l’un de ses hauts rebords,
Coté suicide ou homicide,
Alors trébuche, n’aie pas peur.
Ta chute ne sera pas veine,
En bas j’échangerai ton âme d’enfant
Contre ta présence invisible auprès de Louisa. »

Je suis désolé, ses paroles ne riment pas,
Mais Satan n’a pas encore réussi
A escroquer dans le trépas
L’âme d’un poète abasourdi.
Espérez et priez avec moi
Qu’il n’y parvienne jamais ici.

Je renie maintenant le père et son paradis,
Car je refuse une éternité solitaire.
Je préfère veiller Louisa jusqu’à la fin de sa vie,
Quitte, après, à brûler en enfer.

Je garde ta bible avec émoi,
Dieu Jéhovah viendra peut-être à moi.
Je te redonne tous mes poèmes
Où j’écrivais combien je t’aime.
Un couple ne survit pas dans le mensonge,
Raconte à Mickey tous mes songes.
Notre relation fut brève,
J’ai grand besoin de trêve.

Des images persistent dans mon cerveau,
Elles occultent mon reflet dans ce miroir,
L’homme n’arrive plus à paraître beau.
Je t’attends seul dans ce grand noir,
J’ai déjà pris pied dans mon tombeau.
Car mon regard perd son espoir.

Mais l’instant n’est pas encore tragique,
Il le sera peut-être dans quelques mois.
Si le temps et son érosion cyclique
N’agissent pas sur moi,
Alors la mèche consumée trop vite
Allumera dans le trop froid
Le bâton de dynamite.

Seule une autre femme,
Combative et sûre de son choix,
Pourra éteindre ma flamme.
Priez pour qu’elle s’attache à moi.

[…] (confidentiel)

Louisa, je t’ai fait du mal,
Louisa, j’ai trop pensé à moi.
Louisa, nous ne sommes pas banals.
Louisa, encore une fois excuse-moi.

Maintenant que la salle est bouche-bée,
Je vous en prie, applaudissez,
J’ai besoin de me sentir aimé,
Sinon je quitte maintenant ce dîner.

à Louisa, le 8 oct. 1997

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